Cancer Medicine

Tagrisso (osimertinib), essai TOP : pourquoi l’association avec la chimiothérapie est plus efficace

Le traitement du cancer du poumon avancé a connu des progrès majeurs. Pendant de nombreuses années, les patients ne pouvaient compter que sur la chimiothérapie conventionnelle, qui détruisait les cellules cancéreuses mais provoquait de nombreux effets secondaires dans tout l’organisme. L’essor de la médecine de précision a profondément changé la donne. On a découvert que […]

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Revu médicalement par Dr. William Paul Abram, MB BCh · Doctor

Dernière révision 20/09/2026

Tagrisso (Osimertinib) TOP Trial Results Why Combination with Chemo is Better.
Sur cette page
  1. Le raisonnement scientifique : pourquoi associer un comprimé ciblé à la chimiothérapie ?
  2. Les données de référence : FLAURA2 établit un nouveau record de survie
  3. L’essai TOP : une bouée de sauvetage pour les mutations TP53 à haut risque
  4. Tableau comparatif
  5. Autorisation de la FDA : qui en tire le plus de bénéfices ?
  6. Effets secondaires : trouver l’équilibre entre efficacité et qualité de vie
  7. Conclusion : une décision partagée
  8. FAQ
  9. Références
  10. Lectures et ressources associées

Le traitement du cancer du poumon avancé a connu des progrès majeurs. Pendant de nombreuses années, les patients ne pouvaient compter que sur la chimiothérapie conventionnelle, qui détruisait les cellules cancéreuses mais provoquait de nombreux effets secondaires dans tout l’organisme.

L’essor de la médecine de précision a profondément changé la donne. On a découvert que de nombreuses mutations génétiques étaient à l’origine des cancers du poumon, et que les patients avaient besoin de traitements ciblés sous forme de comprimés plutôt que d’une thérapie unique pour tous.

Le Tagrisso (nom générique : osimertinib) d’AstraZeneca est devenu un élément clé de cette révolution. Ce comprimé de troisième génération s’est imposé comme le traitement de référence des patients atteints d’un CPNPC avancé avec mutation EGFR.

Mais la médecine ne s’arrête jamais. Même si le Tagrisso seul a déjà aidé des milliers de personnes, les cellules cancéreuses finissent par trouver le moyen de contourner le traitement.

Pour lutter contre cette résistance, les chercheurs ont exploré une approche novatrice : et si l’on associait le traitement ciblé par Tagrisso à la chimiothérapie dès le début du traitement ?

Les résultats récents de deux essais cliniques majeurs, l’essai de phase III FLAURA2 et l’essai de phase III TOP, ont confirmé l’efficacité de cette approche. Ils sont détaillés dans ce guide.

Le raisonnement scientifique : pourquoi associer un comprimé ciblé à la chimiothérapie ?

Pour comprendre pourquoi cette association fonctionne si bien, il faut savoir comment les cellules cancéreuses se comportent dans l’organisme.

La force et les limites de la monothérapie

Administré seul, le médicament agit comme un inhibiteur de tyrosine kinase de l’EGFR (ITK).

Il bloque le récepteur du facteur de croissance épidermique muté présent sur les cellules cancéreuses et interrompt le signal interne qui ordonne à la tumeur de se diviser.

Ce traitement a très bien fonctionné pour de nombreux patients : les tumeurs régressent rapidement et les symptômes s’améliorent.

Cependant, les tumeurs ne sont généralement pas des masses homogènes, mais des ensembles hétérogènes de populations cellulaires clonales différentes.

Avec le temps, même si le médicament a éliminé les principales cellules porteuses de la mutation EGFR, certaines cellules cancéreuses développent d’autres moyens de survivre et de se développer.

Ces cellules se multiplient et deviennent résistantes au médicament, qui perd alors son efficacité.

Le double effet

Une chimiothérapie à base de sels de platine, associant généralement le pémétrexed au cisplatine ou au carboplatine, est administrée en complément de la prise quotidienne de Tagrisso pour attaquer le cancer sur deux fronts.

  1. L’attaque ciblée : le Tagrisso bloque en continu les principaux signaux de croissance de l’EGFR et maintient la majeure partie de la tumeur sous contrôle.
  2. L’attaque à large spectre : la chimiothérapie détruit activement les cellules qui se divisent rapidement, éliminant les clones cachés, agressifs ou mutés avant qu’ils ne s’adaptent et ne résistent à l’ITK.

Cette association puissante empêche la tumeur de mettre en place une voie de résistance nette et retarde la progression du cancer bien plus longtemps que le comprimé seul.

Les données de référence : FLAURA2 établit un nouveau record de survie

La première série de données solides en faveur de ce traitement provient de l’essai international de phase III FLAURA2, qui a comparé l’efficacité du Tagrisso associé à la chimiothérapie à celle du Tagrisso seul en première ligne.

Les résultats de FLAURA2 ont été considérés comme une avancée majeure dans la recherche sur le cancer du poumon, avec un gain d’espérance de vie sans précédent.

Un nouvel horizon de survie

L’étude a montré que l’association permettait une survie globale médiane de près de quatre ans (47,5 mois précisément).

Les patients traités par Tagrisso seul avaient une survie globale médiane de 37,6 mois.

Gagner 10 mois de survie médiane supplémentaires représente un immense progrès pour l’oncologie moderne.

Selon les résultats de l’essai, les patients ayant reçu l’association dès le début du traitement avaient un risque de décès réduit de 23 % (rapport de risque : 0,77).

L’essai TOP : une bouée de sauvetage pour les mutations TP53 à haut risque

Alors que FLAURA2 portait sur l’ensemble des patients atteints de cancer du poumon avancé, l’essai de phase III TOP s’est concentré sur un groupe de patients particulièrement vulnérable.

Le problème de la « double mutation »

Lors de l’analyse d’un échantillon de cancer du poumon, le médecin recherche d’abord la mutation principale. Or jusqu’à 60 % de ces patients présentent une seconde mutation, appelée mutation TP53.

Le gène TP53 code une protéine qui agit comme un système de suppression des tumeurs et aide à réparer les dommages de l’ADN des cellules.

Lorsque le gène TP53 est défectueux ou inactif, ce mécanisme de protection naturel disparaît. Les patients porteurs de ces mutations concomitantes forment un groupe biologique à haut risque.

Leurs tumeurs sont historiquement plus agressives, moins sensibles aux traitements conventionnels et récidivent rapidement lorsqu’elles sont traitées par un ITK seul.

L’avancée de l’essai TOP

L’essai TOP a évalué l’efficacité de l’association Tagrisso + chimiothérapie dans ces doubles mutations agressives.

L’ajout de la chimiothérapie a doublé la survie sans progression chez ces patients à haut risque. La survie sans progression correspond à la période pendant laquelle une personne vit sans croissance ni évolution du cancer.

  • Patients porteurs de co-mutations TP53 traités par Tagrisso : survie sans progression médiane de 15,6 mois.
  • Patients porteurs de co-mutations TP53 traités par Tagrisso et chimiothérapie : survie sans progression médiane de 34,0 mois.

En prolongeant de près de trois ans la période avant la progression du cancer, l’association a montré qu’elle pouvait neutraliser efficacement le caractère agressif de la mutation TP53, offrant une véritable bouée de sauvetage à des patients dont le pronostic était auparavant plus sombre.

Tableau comparatif

Pour mieux visualiser la différence entre les deux approches, ce tableau compare les données des essais cliniques :

Critère clinique

Tagrisso en monothérapie (comprimé seul)

Tagrisso + chimiothérapie

Objectif principal

Contrôle ciblé à long terme

Intensification d’emblée pour prévenir la résistance

Survie globale médiane (FLAURA2)

37,6 mois

Près de quatre ans (47,5 mois)

Survie sans progression médiane avec co-mutation TP53 (essai TOP)

15,6 mois

34,0 mois (durée doublée)

Mode d’administration

Un comprimé oral par jour, pris à domicile

Comprimé quotidien + 4 cycles de chimiothérapie IV, puis perfusions de chimiothérapie d’entretien

Profil d’effets secondaires

Généralement légers (éruption cutanée, diarrhée, peau sèche)

Modérés à sévères (fatigue, nausées, baisse des globules)

Autorisation de la FDA : qui en tire le plus de bénéfices ?

À la suite de ces résultats, les choses sont allées vite : la FDA a définitivement approuvé l’osimertinib associé à la chimiothérapie en première ligne du CPNPC localement avancé ou métastatique avec mutation EGFR.

Si ce traitement est largement autorisé, des analyses de sous-groupes approfondies montrent que certains patients en tirent un bénéfice particulièrement important.

  1. Patients présentant des métastases du système nerveux central (SNC)

Les métastases cérébrales sont fréquentes dans le cancer du poumon avancé. Leur traitement a toujours été difficile, car de nombreux médicaments ne franchissent pas la barrière hémato-encéphalique. Si le Tagrisso la franchit efficacement, son association avec la chimiothérapie s’est montrée encore plus efficace pour freiner les tumeurs cérébrales.

  1. Patients porteurs d’une mutation par substitution L858R de l’exon 21

Les mutations de l’EGFR se répartissent en deux grands groupes : les délétions de l’exon 19 et les mutations L858R de l’exon 21. Par le passé, les tumeurs porteuses de la mutation de l’exon 21 répondaient généralement moins bien aux ITK seuls que celles porteuses de la mutation de l’exon 19.

L’étude FLAURA2 confirme que l’ajout de la chimiothérapie aide à compenser cette moindre sensibilité.

Effets secondaires : trouver l’équilibre entre efficacité et qualité de vie

Comparaison des profils de sécurité

  • Tagrisso en monothérapie : le comprimé seul est très bien toléré par la plupart des patients. Les effets indésirables les plus fréquents sont une légère éruption cutanée, des ongles cassants, une diarrhée légère et de la fatigue, avec très peu d’impact sur la vie quotidienne.
  • Chimiothérapie associée au Tagrisso : ce traitement ajoute les effets cytostatiques de la chimiothérapie, notamment une fatigue accrue, des nausées, une alopécie (amincissement des cheveux) et une toxicité hématologique temporaire. La chimiothérapie perturbe temporairement la moelle osseuse, ce qui entraîne une anémie (fatigue due au manque de globules rouges) et une neutropénie (baisse des globules blancs, augmentant le risque d’infection).

Accompagner le parcours par des soins de support

Il est essentiel de comprendre que la chimiothérapie est temporaire. En général, le patient ne reçoit le protocole intensif que pendant 4 cures (espacées d’environ 3 semaines).

Après cette phase, le patient passe en traitement d’entretien, nettement moins toxique.

Votre oncologue met en place des soins de support pour limiter les effets secondaires, notamment des antiémétiques puissants avant chaque chimiothérapie et des injections de facteurs de croissance comme le pegfilgrastim.

Conclusion : une décision partagée

Les résultats des essais FLAURA2 et TOP ont profondément changé la prise en charge du cancer du poumon avancé.

On sait désormais que l’association du Tagrisso à la chimiothérapie porte la survie globale médiane à près de quatre ans (47,5 mois) et, chez les patients porteurs d’une co-mutation TP53, double la survie sans progression (34,0 mois contre 15,6 mois).

Le choix entre le médicament seul et l’association doit être discuté ouvertement avec votre oncologue.

Si vous êtes en bonne forme physique et que vous privilégiez un contrôle prolongé de la tumeur, l’association d’emblée est une bonne solution.

Si vous êtes fragile ou préférez un quotidien plus léger, commencer par le Tagrisso seul est un choix raisonnable.

FAQ

1. Si je commence par le Tagrisso seul, puis-je ajouter la chimiothérapie plus tard si la tumeur progresse ?

Vous pourrez toujours recourir à la chimiothérapie en deuxième intention, mais les résultats de FLAURA2 indiquent clairement qu’il est bien plus bénéfique de recevoir l’association dès le début.

2. Comment savoir si je suis porteur de la mutation TP53 à haut risque évoquée dans l’essai TOP ?

Cette information figure dans votre profil de biomarqueurs par séquençage de nouvelle génération (NGS).

Il s’agit du test génomique réalisé sur votre prélèvement sanguin ou tissulaire au moment du diagnostic. N’hésitez pas à demander à votre médecin de discuter des co-mutations détectées dans votre cas.

3. Vais-je perdre tous mes cheveux pendant le traitement combiné ?

Des anticancéreux comme le pémétrexed et le carboplatine peuvent amincir les cheveux et provoquer une chute partielle, mais pas la perte complète typique des traitements agressifs des cancers du sein ou de l’ovaire. Les cheveux repoussent complètement après les quatre premiers cycles de chimiothérapie.

Références

Lectures et ressources associées

Pour en savoir plus sur le fonctionnement de ce médicament, les options financières ou la gestion de vos soins au quotidien, consultez nos guides patients :

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